Où la psychologie positive puise-t-elle ses ressources ?

Article écrit par D.M., D.C. et M.D., étudiants en psychologie et vérifié par Robin Fiault, psychologue

En partie inspiré de l’article https://positivepsychologyprogram.com/founding-fathers/ 

 

 

Les origines de la psychologie moderne 

Comment parler de psychologie positive sans s’intéresser à l’histoire de la psychologie elle-même? L’histoire de la psychologie remonte à l’Antiquité, car les premières traces de la réflexion sur des phénomènes mentaux et comportementaux datent de l’Egypte ancienne. Le terme Psychologie vient du latin « psychologia » qui vient du grec ancien « psukhe » (l’esprit) et « logia » (la science), il renvoie donc à la science de l’homme et l’étude du comportement qui font l’objet d’études diverses. Jusque dans les années 1870, la psychologie était considérée comme une branche de la philosophie et était donc essentiellement théorique. Le développement de la psychologie comme une science véritable débute par l’approche physiologique issue de la médecine et la biologie avec Wilhelm Wundt qui créer le premier laboratoire de psychologie expérimentale en Allemagne en 1879. La psychologie est influencée et évolue en fonction de différents courants de pensée qui la traversent. 

Une évolution en quatre vagues 

Elle connait quatre différentes vagues, avec dans l’ordre chronologique, le modèle de la maladie qui se focalise sur les pathologies et déficiences, le comportementalisme qui fait l’étude du comportement et ses modalités, l’humanisme qui prend en considération l’identité propre et les potentialités humaines et enfin la psychologie positive qui fait l’étude de l’accomplissements des capacités humaines et de l’épanouissement des individus. La psychologie positive marque un tournant dans l’histoire de la psychologie. 

Il serait pertinent de se demander en quoi la psychologie positive représente-elle un renouveau dans le domaine de la psychologie et quelles sont ses limites ?

Brève histoire de la psychologie positive 

Afin de mieux cerner la psychologie positive, penchons-nous sur son contexte historique. En effet, la psychologie humaniste qui précède la psychologie positive a fortement influencé cette dernière à travers plusieurs pistes de réflexion. Premièrement la psychologie humaniste, troisième courant majeur de la psychologie, voit le jour à la deuxième moitié du 20ème siècle et pose ses fondations sur deux courants de pensées majeures : l’humanisme et l’existentialisme. La troisième vague est la première à prendre en compte l’épanouissement individuel. En effet, le courant humaniste, promu par de grand noms de la littérature tel que Sartre, estime que les hommes sont responsables de l’élaboration de leur identité propre et de la recherche du sens de leur vie. De ce fait, d’après la psychologie humaniste, le sens de la vie et l’élaboration de notre identité propre ne peut se faire qu’individuellement en ce que nous sommes tous unique en fonction de notre environnement, de nos expériences et de notre vécu. Notre comportement est déterminé par notre interprétation du monde et des significations de la vie, les êtres humains ne sont pas réduits à la simple influence de la biochimie ou de leur environnement. En effet ils sont dotés d’une volonté intérieure qui tend à réaliser leur potentiel individuel, mais aussi à chercher des significations, des valeurs. 

La psychologie humaniste fait donc l’observation de ce qui pousse l’homme à vouloir évoluer, à rechercher l’épanouissement personnel et relationnel, et de ce fait elle influence fortement le développement de la psychologie positive. 

Cependant ces deux mouvements de la psychologie sont bel et bien distincts. En effet la psychologie humaniste se base sur des méthodes qualitatives, alors que la psychologie positive propose une approche plus quantitative du fonctionnement humain, répondant aux exigences de la recherche universitaire. L’approche de la psychologie positive se base sur des données scientifiques et développe des pratiques de développement de soi. 

La psychologie positive, comme l’indique son nom a une orientation positive, elle se focalise donc sur l’étude du bien-être authentique, des potentialités humaines, des vertus humaines, des aspirations des Hommes, etc… 

Sa définition communément admise est la suivante : « l’étude des processus et des conditions qui mènent au fonctionnement optimal des personnes, groupes et organisations » selon Gable et Haidt (2005). 

Seligman, père fondateur de cette discipline, écrit : « La vie inflige les même contretemps et tragédies à l’optimisme et au pessimisme mais l’optimisme y résiste mieux ». 

Pour mieux cerner la psychologie positive, il est nécessaire de s’intéresser a ses fondateurs et à leur pensée.

Les pères fondateurs

Martin Seligman 

Quand il s’agit de retracer l’histoire de la psychologie positive et des chercheurs qui l’on formée pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui, Martin Seligman est LA référence. Né le 19 août 1942, il est originaire de la ville d’Albany dans l’état de New York et est vu pour la plupart des personnes comme le “père de la psychologie positive moderne” tellement sont impact a été grand. Au début, Seligman ne s’intéressait pas à l’optimisme et ce qu’est aujourd’hui la psychologie positive, mais il plutôt au phénomène du pessimisme. Il a développé la théorie que l’on connaît aujourd’hui sous le nom d’impuissance apprise. 

A l’époque, dans les années 70, il a montré que des animaux pouvaient apprendre qu’ils étaient condamnés à être électrocutés de manière non-léthale dans leur cage, alors même que dans certaines conditions ils avaient la possibilité de s’éhapper de la cage. 

Après avoir travaillé énormément et avoir présenté cette théorie au monde académique en 1975, Seligman a voulu se pencher sur le concept d’optimisme: la capacité d’un individu à pouvoir s’améliorer. Il aurait pris conscience de cet aspect au cours d’une discussion avec sa fille. 

Voici comment l’histoire se déroule : alors qu’il était dans son jardin à travailler, sa fille de 5 ans essayait d’avoir son attention. Après plusieurs tentatives, il se serait retourné et l’aurait grondée. C’est à ce moment-là qu’elle lui aurait demandé s’il se rappelait de combien elle pleurait quand elle avait 3-4 ans ? Elle lui dit ensuite qu’à ses 5 ans, elle avait décidé de ne plus pleurer et qu’il pourrait donc maintenant cesser d’être de mauvaise humeur. 

De là, Seligman s’est intéressé à ‘l’autre face de la pièce’ et avec Christopher Peterson, ils ont proposé de compléter le DSM (le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux) pour répertorier également les différents types de forces qu’une personne peut avoir. 

En 1998, alors président de l’APA (Association Américaine de Psychologie) et mis en place la psychologie positive comme son thème de mandat, ce qui a aidé l’évolution de la discipline au niveau des recherches mais aussi auprès du grand public. Il est aujourd’hui directeur du centre de psychologie positive à l’UPENN (université de Pennsylvanie). 

William James 

William James (1842-1910) est un précurseur. Avec la publication de son premier grand livre intitulé Les Principes de la Psychologie, sorti en 1890, il apporte de grands progrès à la psychologie en général avec sa théorie de la signification (ou ce que l’on connaît aussi sous le nom d’empirisme radical) qui propose que pour réellement comprendre un énoncé, il faut tenter de comprendre quelles en seront les conséquences et ensuite mettre cet énoncé à l’épreuve pour vérifier si la théorie fonctionne en réalité. Avec cet empirisme radical, James va ensuite s’intéresser à tout ce qui est subjectif et objectif pour un individu, prenant en compte les aspects que seul un certain individu perçoit, qui affectera au final son bien-être ou son mal-être. C’est à ce moment qu’apparaîssent les premières notions de psychologie positive. Alors que James est le premier à réfléchir sur ce qu’on appellera plus tard la psychologie positive, Abraham Maslow est celui qui inventa le terme. 

Abraham Maslow 

Né en 1908 et mort en 1970, il est non seulement considéré comme le père de la 3ème vague de psychologie, l’approche humaniste, mais il a aussi aidé la psychologie à aborder les versants dits positifs des êtres humains avec son livre Motivation and Personnality (1954), où le terme de « pychologie positive » apparaît pour la première fois. Il établit aussi la pyramide des besoins. 

Christopher Peterson 

Pour ce qui est de la partie ‘moderne’ de la psychologie positive, un des plus grands noms qui ressort est Christopher Peterson: né en 1950 et mort en 2012, Peterson était professeur de psychologie à l’université de Michigan et était a obtenu le prestigieux Golden Apple Award. De tous les progrès qu’il a permis à la psychologie, un des plus importants (si ce n’est pour dire le plus important) est d’avoir écrit en tant que co-auteur avec Seligman le livre sur les forces des individus : Character Strengths and Virtues. 

Mihály Csíkszentmihályi

Né en 1934 à Fiume en Italie, ce professeur Hongrois a comme beaucoup d’autres été profondément affecté par la Seconde Guerre Mondiale en se retrouvant non seulement séparé de ses proches mais en étant emprisonné en Italie. Malgré toutes ses difficultés, il réussit pendant son temps en prison à avoir sa première idée sur ce qu’il nommera ‘le flow’ : état mental de concentration lorsque l’on est complètement immergé dans ce que l’on fait.

Et ce flow est constitué de plusieurs caractéristiques: une facilité à la tâche, un sentiment de contrôle sur la tâche, la clarté du but à atteindre, etc… Après avoir émmigré aux États-Unis à 22 ans, il a pu étudier cette théorie et celle-ci est aujourd’hui une partie essentielle de la psychologie positive. Les fondateurs de la psychologie positive ont permis de fortes avancées dans le domaine de la psychologie, néanmoins elle connait de nombreuses critiques.

 

Il y a beaucoup d’autres penseurs, chercheurs et praticiens qui ont influencé l’émergence de cette discipline durant les 20 et 21ème siècles tels qu’Albert Bandura, Barbara Fredrickson, Ed Diener, etc.

 

Critiques et limites de la psychologie positive 

Pensée positive vs. psychologie positive ?

Ici nous expliquerons que la pensée positive et la psychologie positives sont différentes et que des amalgames subsistent. En effet, ces deux courants qui ont l’air proches sont toutefois bien différents. Et beaucoup de personnes ont tendance à faire cet amalgame. La pensée positive apparaît de nos jours plutôt comme une pseudo-science c’est-à-dire, une discipline présentée sous des apparences scientifiques, mais qui n’en a pas la démarche, ni la reconnaissance. En cela elle s’oppose à la science. La psychologie positive est une branche de la psychologie, reconnue et développée notamment par des psychologues professionnels et des chercheurs, alors que la pensée positive est née en 1952 avec la pasteur et écrivain Norman Vincent Peale qui a écrit de nombreux livres dont le plus célèbre, The Power of Positive Thinking (La puissance de la pensée positive). 

La psychologie positive est née en 1998 par Martin Seligman. La psychologie positive se fonde sur des études scientifiques empiriques (qui ne s’appuie que sur l’expérience, l’observation, non  seulement sur une théorie ou un raisonnement). C’est une « réflexion scientifique sur le fonctionnement humain optimal » selon Tal Ben-Shahar de l’Université d’Harvard. En d’autres termes, la psychologie positive cherche à comprendre ce qui rend les personnes épanouies. La pensée positive suggère d’essayer de se convaincre que l’on est beau, fort, intelligent ou digne d’être riche en se répétant ces phrases intérieurement. Les recherches qui ont testé cette hypothèse ont établi que la méthode peut fonctionner pour certaines personnes qui ont une haute estime d’elles-mêmes, mais être contre-productives pour les personnes n’ayant qu’une faible estime. Ces dernières sont pourtant celles qui en auraient le plus besoin. Il convient donc d’être prudent vis-à-vis des méthodes d’autosuggestion. 

Image de la psychologie positive 

La psychologie positive n’est pas perçue de la meilleure des façons par tous les professionnels, et même au sein des psychologues ou psychothérapeutes, les avis divergent. Par exemple, le psychologue Yves-Alexandre Thalmann constate “une tendance croissante à se servir de certains résultats sérieux pour donner du crédit à des hypothèses proches de ce qui a été validé mais nullement prouvé” 

Dans certains cas, la psychologie positive est considérée comme niant les difficultés humaines, ce qui consiste en une conception erronée de la discipline : en effet, il s’agit de venir compléter les études en psychopathologie et non à les remplacer. 

Du fait de la « jeunesse » de la discipline née en 1998, il y a certainement de nombreux développements à venir et des études à répliquer pour s’assurer des résultats. 

Seulement les émotions agréables? 

Enfin, Thomas d’Ansembourg, spécialiste de la communication non-violente affirme que « se mettre en expansion, cultiver ses talents comme nous y invite cette approche (la psychologie positive), c’est bien mais ni suffisant ni magique ». En d’autres termes il faut également: « découvrir ce qui fait mal car si on se n’occupe pas des émotions désagréables, ce sont elles qui s’occupent de nous ». 

Conclusion : en quoi la Psychologie positive représente-elle un renouveau dans le domaine de la Psychologie? 

La vague de la psychologie humaniste a donné des pistes de réflexion à la psychologie positive en s’intéressant à l’élaboration des potentiels humain. La psychologie positive, se fonde sur une véritable étude scientifique. Ainsi la psychologie positive représente un renouveau pour le domaine de la psychologie car elle est la première discipline à véritablement s’intéresser à l’aspect positif de la nature humaine en rassemblant les différentes données d’autres disciplines, telles que la psychologie du développement, la philosophie, les thérapies cognitives et comportementales, etc. 

Seligman, ayant été président de l’APA, a permis à la psychologie positive de réaliser une véritable ascension, en développant la recherche. Même si Seligman est perçu comme le père de la psychologie positive, d’autres comme James, Maslow, Csíkszentmihályi et Peterson ont chacun à leur époque contribué aux fondations de la psychologie positive. 

Cette discipline encore jeune pourra peut-être contribuer à mieux comprendre le fonctionnement optimal de la personne, des groupes et des institutions afin d’aider le plus grand nombre à croître d’une manière qui ait du sens, pour le bien de nos sociétés modernes. 

 

 

Des suggestions ou corrections à propos de ce texte ? robin.fiault@gmail.com