La Thérapie Centrée sur les Émotions

Ecrit par Daniela Rocha Lopes, PhD, le 12 décembre 2018
Traduction Robin Fiault & Rébecca Shankland
Invitation à un atelier de présentation en bas de cet article

 

La Thérapie Centrée sur les Émotions

Développer les compétences émotionnelles aide à réduire le stress et améliore le sentiment de sécurité affective, dans la relation à autrui.

 

La science a démontré de longue date que la qualité des relations est l’un des plus importants facteurs protecteurs de la santé.

 

L’idée principale dans la Thérapie Centrée sur les Émotions est que ce qui nous caractérise en tant qu’êtres humains est notre indiscutable dépendance envers nos semblables. Nous avons littéralement besoin de relations pour survivre : la recherche a montré que ne pas bénéficier d’un réseau relationnel de qualité est un aussi grand facteur de risque de décès que de fumer régulièrement. La solitude et l’isolement émotionnel sont véritablement dévastateurs et par conséquent un sujet central pour les thérapeutes. Dès lors, pourquoi et comment aborder cette question ?

 

La théorie de l’attachement et le tournant social en psychothérapie

 

Le psychiatre John Bowlby a permis que sa théorie de l’attachement ait une place centrale dans la psychologie scientifique. Il a démontré que le lien unissant un enfant et sa figure d’attachement est vital pour son développement. La recherche montre que les relations où la figure d’attachement est émotionnellement absente mène à des sentiments d’anxiété et de détresse chez le bébé, tandis que lorsque la figure d’attachement se montre disponible, il ressent la sécurité, la confiance et l’autonomie nécessaire pour explorer le monde environnant.

Alors que l’isolement est traumatisant pour les être humains, le fait d’être conscient que l’on peut s’appuyer sur autrui est rassurant.

 

Jim Coan, neuroscientifique à l’Université de Virginie, a conduit plusieurs études, approfondissant les théories de Bowlby. Il a développé une théorie profondément ancrée dans la théorie de l’évolution appelée Social Baseline Theory (théorie de la ligne de base sociale). Selon lui, notre état naturel est d’être en relation. De fait, en comptant sur les autres, notre cerveau « travaille » significativement moins. Après tout, lorsque nous sommes entourés de nos proches, les dangers environnants sont mieux répartis et nous sommes plus à l’abri. C’est trop abstrait ? Empruntons un exemple de Jim. Les autruches doivent faire face à un véritable challenge : elles doivent simultanément s’alimenter et rester aux aguets vis-à-vis des prédateurs (s’alimenter ou mourir). Pour saisir la nourriture, elles doivent baisser leur tête. Si elles sont seules, elles doivent répartir leur attention entre l’alimentation et l’observation d’éventuels prédateurs (ce doit être un repas très fatigant !). En revanche, quand elles font partie d’un groupe, elles ont tendance à se montrer moins vigilantes. Après tout, lorsque d’autres autruches sont vigilantes aux dangers, notre amie autruche peut s’alimenter tranquillement.

 

Voici l’élément central à l’origine de nos relations d’attachement et de notre ligne de base sociale : quand nous pouvons compter sur les autres, nous dépensons beaucoup moins d’énergie à être attentifs aux dangers potentiels de l’environnement. Tel collègue a été désagréable envers vous ? C’est beaucoup moins problématique si vous pouvez en parler à votre partenaire. La Thérapie Centrée sur les Émotions (TCE) a introduit un versant social à la psychothérapie : la thérapie ne devrait pas être centrée uniquement sur l’individu, mais également inclure nos schémas d’interactions sociales, pour comprendre comment ces schémas nous affectent au quotidien.

 

Comment les thérapeutes peuvent-ils aider les patients à travailler sur leurs interactions ? Les thérapeutes « centrés émotions » explorent l’influence des émotions sur la manière dont les couples interagissent, et les aident à enrichir leurs modalités de réponse en réaction aux émotions vécues. Le point central, dans cette approche, ne consiste pas à modifier les comportements (ce qui a tendance à augmenter la critique, le blâme de soi, ou l’évitement émotionnel), mais plutôt à faciliter l’expression et la satisfaction des besoins fondamentaux (sécurité affective, acceptation, amour et proximité sociale). Se centrer sur les besoins fondamentaux peut transformer les relations et réparer, développer et renforcer les liens d’attachement de façon à améliorer la santé des partenaires et leur épanouissement.

 

L’une des fondatrices de cette thérapie, Sue Johnson, a conduit des études scientifiques avec Jim Coan afin de mesurer l’efficacité de la TCE. Vous rappelez-vous de notre amie autruche ? La confiance envers les partenaires fonctionne de façon semblable pour les êtres humains. Les travaux de Jim Coan ont montré à plusieurs reprises que lorsqu’un partenaire du couple tient la main de l’autre en situation stressante, le cerveau est plus calme que quand le partenaire est absent. Jim inflige un (léger !) choc électrique au cobaye, pendant que le partenaire tient (ou non) la main du cobaye. Les femmes dont le partenaire tenait la main n’ont tout simplement pas aperçu le stresseur, selon l’imagerie cérébrale. On s’est aperçu que plus la qualité de la relation était bonne, moins les femmes activaient leur « détecteur de danger » cérébral.

 

Ainsi, Sue et Jim décidèrent de mener une autre étude, conjointement, mais cette fois avec des femmes qui avaient suivi la TCE. L’hypothèse était que les personnes ayant bénéficié de la thérapie devaient voir leur besoins fondamentaux (sécurité affective, acceptation, amour et connexion) plus satisfaits. Ces femmes devaient donc être d’autant plus aptes à s’appuyer sur leur partenaire et se sentir moins stressées lors du choc électrique.

 

C’est exactement ce que Sue et Jim ont observé : après quelques sessions de TCE, l’alarme cérébrale qui concerne le danger était moins activée. Le sentiment de sécurité des femmes au sein de leurs relations s’était amélioré. Elles étaient également davantage capables d’exprimer leur sentiment de stress auprès de leur partenaire. Après les sessions de TCE, les partenaires parvenaient beaucoup mieux à faire face aux difficultés émotionnelles.

 

Au cours de leur vie, les êtres humains sont fréquemment confrontés à des défis et des difficultés émotionnelles. La psychothérapie a pour but d’aider les individus, les rendant plus résilients, face à ces problématiques. La résilience, favorisée par nos relations, nous aide à explorer l’environnement avec confiance, car nous savons que nous avons un « refuge » en cas de détresse. La TCE aide les personnes à construire, réparer et comprendre comment maintenir cette élément précieux que l’on appelle l’Amour.

 

La TCE est une thérapie fondée sur des preuves scientifiques qui est actuellement employée avec succès dans différents contextes, incluant des situations où l’un des partenaires souffre de maladie chronique, de dépression, d’anxiété ou a vécu un traumatisme.

 

Atelier de présentation le 29 mars 2019 de 09h à 12h à l’Université Grenoble Alpes, en anglais non traduit. 

Inscriptions ici : inscription!

Lien vers le flyer en pdf: EFT workshop flyer_29.03.2019